Avant un voyage au Japon, on cherche surtout où aller, combien ça coûte et comment se déplacer.
La culture arrive rarement dans la liste.
Pourtant, quelques gestes simples évitent la plupart des moments gênants, et ils changent selon l’endroit : au restaurant, dans le train, au temple, à l’onsen ou chez quelqu’un.

À chaque endroit correspond aussi une petite phrase que vous allez entendre ou dire.
Je vis au Japon depuis 2007 et j’ai travaillé dans plusieurs entreprises japonaises. Voici, lieu par lieu, les repères que je donnerais à quelqu’un qui part dans quelques semaines.
Dans la rue et les magasins
Saluer d’un signe de tête
Au Japon, on se salue en inclinant la tête ou le buste : c’est le
Les Japonais ont peu de contact physique au quotidien. Donc ni bise, ni accolade, et la poignée de main reste rare.
Les couples restent aussi très discrets en public.
Vous n’avez pas besoin d’apprendre toutes les règles de la révérence, sauf en situation très formelle.
Un petit signe de la tête suffit quand vous abordez quelqu’un.
En entrant dans un magasin ou un restaurant, c’est le personnel qui vous salue :
いらっしゃいませ
irasshaimase
Bienvenue
Personne n’attend de réponse. Un sourire ou un signe de tête suffit.
Pour les phrases de salutation selon l’heure et la personne, j’ai tout réuni dans bonjour en japonais.
Garder ses déchets
Les villes japonaises sont très propres, et pourtant il y a très peu de poubelles dans la rue.
Les Japonais gardent leurs déchets sur eux et les jettent chez eux.
Vous trouverez surtout des poubelles dans les gares et devant les konbini, les supérettes ouvertes 24 h sur 24.
Je vous conseille de garder un petit sac plastique dans votre sac à dos pour vos déchets de la journée.
Devant une poubelle, regardez les inscriptions : les déchets sont triés.
Vous verrez souvent
Au restaurant
Avant et après le repas
Dans un groupe, on attend que tout le monde soit servi avant de commencer. Puis pour souhaiter bon appétit, on dit :
いただきます
itadakimasu
Merci pour ce repas (littéralement : je reçois humblement)
À la fin du repas, on remercie avec une autre phrase, que l’on peut aussi dire au personnel en partant :
ごちそうさまでした
gochisousama deshita
Merci pour ce repas, c’était délicieux
On évite aussi de laisser de la nourriture dans son assiette. Et demander à emporter ses restes n’est généralement pas accepté.
Baguettes, sushis et nouilles
Attention aux baguettes.
- Ne les plantez pas debout dans votre bol de riz : ce geste rappelle le riz offert aux défunts.
- Si vous voulez donner un morceau à quelqu’un, posez-le dans une petite assiette, et la personne le prendra avec ses propres baguettes.
Pour les sushis, on trempe le poisson dans la sauce soja, pas le riz, et on ne mélange pas le wasabi directement dans la sauce.
Ces règles sont plus strictes dans un restaurant chic que dans un restaurant à tapis roulant.
Si vous voulez savoir quoi commander, je présente les différentes sortes dans sushi japonais.
Dans un restaurant de nouilles, faire du bruit en aspirant est généralement accepté (mais rien ne vous oblige à le faire).
Boire en groupe à l’izakaya
Entre amis ou entre collègues, on ne se sert pas soi-même : on remplit le verre des autres, et quelqu’un remplira le vôtre.
Quand on vous sert, tenez votre verre. Et si vous versez du saké, faites-le à deux mains : c’est plus poli.
Ce geste s’appelle l’
En arrivant, vous verrez aussi une petite assiette que vous n’avez pas commandée : c’est l’
Elle est facturée comme un couvert. Ce n’est donc pas une erreur sur l’addition.
Pour commander, on lève la main et on appelle le serveur :
すみません
sumimasen
Excusez-moi !
Ce même mot sert aussi à s’excuser, et parfois à remercier. Je le compare avec ごめんなさい (gomen nasai) dans s’excuser en japonais.
Payer sans laisser de pourboire
Le Japon n’a pas de culture du pourboire. Dans un restaurant, un hôtel ou un taxi, vous payez le montant de l’addition, et rien de plus. Laisser de l’argent sur la table risque surtout de mettre le personnel dans l’embarras.
Le plus simple est de remercier avec le sourire :
ありがとうございました
arigatou gozaimashita
Merci beaucoup
La forme en ました (mashita) remercie pour un service déjà rendu. Les autres façons de dire merci sont dans merci en japonais.
Dans les transports
Sur le quai et dans le wagon
Avant de monter, on se met sur le côté du quai pour laisser descendre les passagers.
Dans le wagon, on parle doucement, et téléphoner est mal vu, même à voix basse. Si vous devez passer entre les gens pour descendre, un すみません (sumimasen) suffit.
Les places prioritaires sont réservées aux personnes âgées, aux femmes enceintes et aux personnes handicapées. Laissez-les libres si quelqu’un en a besoin.
Manger à bord
Dans un train local, on évite de manger. Dans le shinkansen, en revanche, manger un bento à sa place est tout à fait normal.
Si vous prévoyez plusieurs trajets en shinkansen, regardez si le pass JR est rentable pour votre itinéraire : j’explique le calcul dans railpass Japon.
Au sanctuaire et au temple
Au sanctuaire shinto
Devant un sanctuaire shinto, le geste est plus précis qu’ailleurs. On s’incline une fois avant de passer le
Ensuite, on se purifie à la fontaine, le
Devant l’autel, on lance une pièce, on sonne la cloche, puis on s’incline deux fois. On frappe ensuite deux fois dans les mains, on prie, et on s’incline une dernière fois.
Au temple bouddhiste
Au temple, le rituel est plus souple. S’il y a une fontaine, on se purifie de la même façon. Mais devant l’autel, on ne frappe pas dans les mains : on prie simplement.
Beaucoup de temples vendent de l’encens. Une fois allumé, on éteint la flamme en agitant la main, pas en soufflant dessus.
Vous verrez aussi des visiteurs ramener la fumée vers eux : on dit qu’elle soigne.
C’est l’une des scènes les plus connues du Sensō-ji, que je présente dans Asakusa.
Pour entrer dans les bâtiments, on vous demandera souvent d’enlever vos chaussures. Regardez aussi les panneaux : les photos sont parfois interdites à l’intérieur.
À l’onsen
On se lave avant d’entrer dans le bain, et on y entre sans maillot dans la plupart des établissements. On garde sa serviette hors de l’eau et on attache ses cheveux. J’explique le déroulé complet, du vestiaire au bain, dans comment utiliser les onsen.
Les tatouages sont en général refusés, même si certains bains en plein air, bains municipaux ou sentō sont plus tolérants. Demandez avant d’y aller. J’en parle plus en détail dans le tatouage au Japon.
Chez l’habitant
Dans une maison japonaise, on enlève ses chaussures dans l’entrée, le
On les retire aussi les pantoufles pour marcher sur les tatamis.
Pour aller aux toilettes, on change encore de pantoufles : une autre paire attend souvent près de la porte.
En passant la porte, on dit :
お
邪魔 しますojama shimasu
Excusez-moi de vous déranger
En repartant, on dit お邪魔しました (ojama shimashita), au passé : « merci de m’avoir reçu ».
Si vous rencontrez la famille pour la première fois, ajoutez :
よろしくお
願 いしますyoroshiku onegaishimasu
Ravi de vous rencontrer (littéralement : je vous prie de bien me traiter)
Cette expression n’a pas d’équivalent exact en français. On la dit en rencontrant quelqu’un, mais aussi quand on demande un service : elle pose la relation avec l’autre.
Les chaussures s’enlèvent aussi dans certains restaurants, ryokan et onsen. Si des chaussures sont alignées à l’entrée, faites comme les autres. Et pour le voyage, choisissez de préférence des chaussures faciles à enlever.
Ce que ces règles changent dans la langue
Beaucoup de ces gestes tournent autour d’une même idée : ne pas gêner les autres et tenir compte de la place de chacun. La langue en garde la trace.
Le san collé au nom
En japonais, on ajoute さん (san) au nom de la personne, même celui d’un collègue ou d’un client.
Mais on ne l’emploie jamais pour soi-même.
D’autres suffixes marquent un rapport différent, comme くん (kun), ちゃん (chan) ou
Je les détaille dans les suffixes san, kun, chan et sama.
Le keigo, la langue du respect
En japonais, la politesse se voit jusque dans la grammaire : c’est le
Vous en avez déjà entendu sans le savoir. Quand le personnel vous accueille avec いらっしゃいませ (irasshaimase), il emploie une forme de respect. Et quand vous dites いただきます (itadakimasu) avant de manger, vous employez une forme humble.
Pour un voyage, pas besoin d’aller plus loin. Les phrases polies en です (desu) et ます (masu) suffisent, et personne ne vous en voudra.
Quand j’ai préparé mes entretiens d’embauche au Japon, je répétais chez moi en m’enregistrant, justement pour corriger mon langage honorifique.
Si vous restez plus longtemps, c’est l’un des premiers sujets que vous aurez à travailler. J’en parle aussi dans la culture japonaise au travail.
Les réponses qui évitent de dire non
Dire non franchement peut mettre l’autre mal à l’aise, alors on le dit souvent autrement. Une réponse comme celle-ci peut très bien être un refus poli :
ちょっと
難 しいですねchotto muzukashii desu ne
C’est un peu difficile…
Regardez le contexte, le ton et l’hésitation qui accompagne la phrase.
C’est la différence entre le
Cela ne veut pas dire que les Japonais mentent : chacun comprend le jeu. J’ai détaillé ce mécanisme, avec des exemples, dans honne et tatemae.




